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Cette page contient l'historique des traces de Guadeloupe.
Recherche et compilation faites par le Club des Montagnards de Guadeloupe.
Date de mise à jour : 13 février 2006.

Les Grandes Traces de la Guadeloupe

Elles sont longues, difficiles, fatiguantes, et présentent de nombreux passages très escarpés ou boueux. Elles ne peuvent donc être faites que par des groupes d'au moins quatre à cinq marcheurs très expérimentés et correctement équipés. Mais elles offrent quelques-uns des panoramas les plus majestueux de la Guadeloupe.

Il nous a semblé intéressant de vous en donner quelques informations historiques à partir d'une compilation de divers ouvrages ou de renseignements obtenus auprès des anciens du club ou des instances officielles.

Les traces initiales et diverses
La trace Victor HUGUES
La trace MERWART
La TRACE des ALIZÉS
Carte des traces
Nos sources d'information

 

Les TRACES INITIALES et les TRACES DIVERSES.

De nombreux chemins, datant souvent de la Colonie, ont permis depuis longtemps de traverser à pied le massif montagneux de la Guadeloupe, entre la côte au vent et la côte sous le vent. Une observation attentive des cartes permet de distinguer, du nord au sud :

D'autres traces peuvent aussi être empruntées, telles que :

Certaines de ces vénérables routes ont été pavées (grâce à la sueur des hommes), et nous devons avoir une pensée émue pour ceux qui ont dû le faire. Il faudrait avoir le temps de les recenser, car elles font partie de notre patrimoine.

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Le CHEMIN STRATÉGIQUE, dit trace VICTOR HUGUES.

1765 : Le comte Gédéon de NOLIVOS, gouverneur de la colonie entre 1765 et 1768 (il fut ensuite gouverneur de Saint-Domingue), décida le premier de relier le Haut-Matouba (une section de Saint-Claude) au Petit-Bourg par un chemin stratégique direct, pour que l'armée puisse se déplacer rapidement entre les villes de Basse-Terre et de la Pointe-à-Pitre sans avoir à marcher en bord de mer, et y être soumis aux possibles attaques des navires anglais. Mais son ordonnance ne fut pas exécutée.

1794 : Trente ans plus tard, le député Victor HUGUES (voir ci-après), révolutionnaire délégué de la Convention, envoyé en Guadeloupe pour mater la résistance royaliste, reprend l'idée précédente et en fait commencer l'exécution des deux côtés à la fois. Une route empierrée fut ouverte sur cinq kilomètres à travers la forêt à partir du Petit-Bourg dans le but de contourner le massif de la Matéliane par le versant est, mais on se heurta aux hautes falaise que présente le massif de ce côté. De l'autre côté, le chemin partit du pont de la Rivière Rouge au Matouba pour aller à la Savane à Mulets, celle qui est située au nord de la Grande Découverte, et arrivé là, on se heurta à l'escarpement de la rive droite de la rivière Class (du nom d'une famille de Capesterre, connue dès 1691), un précipice de 200 mètres dénommé avec justesse "le Sanglot", qui arrêta les travailleurs. On s'en tint à ces deux tronçons de la route, qui resta inachevée.
1810 : Les occupants anglais reprennent le travail, mais n'aboutissent pas.

1859 : Le commissaire général BONTEMPS, gouverneur par intérim, reprend l'idée de ses devanciers. Il en confie l'étude et la réalisation aux capitaines du génie militaire SOULÉ et MARÉCHAL. Soulé essaie de retrouver l'ancienne trace mais abandonne face aux mangles-montagne de la Savane à Mulets. Tous deux décidèrent de passer plus au nord, par la Savane aux Ananas, par la face sud des Grand et Petit Sans-Toucher et par la face ouest de la Matéliane. Un abri nommé "ajoupa Moynac" fut construit sur la trace, au pied de la Matéliane.
Ainsi, réalisée par Maréchal, la jonction permit de traverser le massif en 14 heures sur une distance de 37 km 700. Le capitaine dût partir pour la campagne du Mexique (1861-1867, au cours de laquelle le "bataillon créole", de son nom officiel, fit preuve d'une bravoure extrême) et, sans entretien, le chemin disparut rapidement sous la végétation.
Il semblerait que les sommets Matéliane et Madéclair aient été primitivement nommés "madère-Jeanne" et "madère-Claire", du nom de deux femmes qui auraient fui l'esclavage pour marronner et se réfugier en ces lieux.

1889 : Le CLUB ALPIN FRANÇAIS, section de Guadeloupe, essaya de rouvrir cette trace.
1894 : Le chef de bataillon MARTIN, commandant les troupes de la Guadeloupe, fît rouvrir la trace. Faute d'entretien ultérieur, le chemin s'obstrua à nouveau.

1913 : Le CLUB DES MONTAGNARDS dégagea la trace pour la troisième fois, et la maintint en état de viabilité jusqu'en 1950, grâce au subside annuel que lui alloua le Conseil Général de la Colonie.

C'est donc à tort qu'on a donné le nom de "Victor Hugues" à cette trace. Elle devrait plutôt s'appeler "trace Maréchal", ou mieux "chemin stratégique", car le chemin ouvert sous V. Hugues n'est emprunté que sur 2 km 700 au départ du Haut Matouba.

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La vie de Victor Hugues (1762-1826).
Né à Marseille, embarqué comme mousse, à treize ans, aux cotés des corsaires, il participe à la guerre d'Amérique. Boulanger à Saint-Domingue puis imprimeur, dès 1789, Victor Hugues soutient la Révolution, tout en s'opposant aux revendications égalitaires des libres de couleur. Sous leur pression, il quitte l'île pour Paris où membre du club des jacobins et du comité du salut public, il est nommé, en 1793, accusateur public au tribunal révolutionnaire de Rochefort puis de Brest. La convention qui a aboli l'esclavage, le 4 février 1794, envoie une expédition vers les îles du Vent, sous la conduite de deux commissaires civils dont Victor Hugues. Après avoir chassé les anglais, il applique la politique d'abolition, extermine les opposants au régime. La lutte contre les anglais lui permet de mener une guerre de course, il accumule ainsi une importante fortune. En 1799, il est nommé agent du Directoire, puis gouverneur sous le Consulat, en Guyane où il rétablit l'esclavage. En 1810, déchu de ses fonctions, il est emprisonné à Paris pour avoir capitulé sans combattre. De retour à Cayenne, aveugle, il décède le 11 août 1826 à l'âge de 64 ans. Sa tombe de marbre est encore visible dans l'allée principale du Cimetière de Cayenne.
(Source: site internet Les pages de Rédris en Guyane)

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La TRACE MERWART.

1917 : À force de contempler les sommets dits "inaccessibles" du massif central de la Guadeloupe (mornes Incapable, Moustique et Bel-Air) à partir de la trace V. Hugues, le Club des Montagnards, par l'action énergique de son président, obtint du gouverneur par intérim Émile MERWART l'autorisation et le financement pour ouvrir une nouvelle trace.
Ce fut le capitaine de gendarmerie HUOT qui dressa le projet, avant d'être muté en métropole. Son successeur, le capitaine de gendarmerie RENAUDINEAU organisa deux équipes de cinq personnes qui partirent l'une de la trace V. Hugues (ajoupa Moynac), l'autre de l'habitation Vernou au Petit-Bourg, et se rejoignirent le 15 avril 1917 au sommet du morne Bel-Air, après de nombreux jours de travail éreintant à couper les mangles-montagne au coutelas.
Cette trace fut baptisée "Merwart" par le Club Des Montagnards, et les mornes Incapable, Moustique et Bel-Air furent désormais surnommés "Frébault", "Joffre" et "Merwart".
La trace en elle-même fait 15 km 600 (1500 chaînes d'arpenteur !) et pouvait être parcourue en 6 heures à l'époque. Il faut rajouter 20 km 600 entre Saint-Claude et son départ (source : C.Thionville).
Le subside annuel alloué par le Conseil Général de la Colonie permit au C.D.M. de la maintenir elle aussi en état.

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La TRACE DES ALIZÉS.

1971 : Création du "Parc Naturel de Guadeloupe", à l'initiative de l'Assemblée Départementale, géré par l'Office National des Forêts, et constitution de l' "Association des Amis du Parc".
1987 : Création de la "Réserve Naturelle du Grand Cul-de-Sac Marin".
1989 : Création du " Parc National de Guadeloupe ", le 7e Parc National français, Établissement Public autonome gérant 17300 ha de zone centrale et 11843 ha de zone périphérique.
1994 : Classement de l'archipel guadeloupéen en tant que "Réserve de la Biosphère" par l'UNESCO : protection de la nature, recherche d'un développement durable, et partenariat avec les 350 autres Réserves de la Biosphère de la planète.

1992-200? : C'est la période d'existence du Sentier de Grand Randonnées GR-G1, dit "TRACE des ALIZÉS", permettant de relier la plage de Cluny au nord à la ville de Vieux-Fort au sud, en 7 étapes, en suivant les crêtes du massif central de la Guadeloupe.
Ce sentier a emprunté de nombreux tronçons des traces précédentes, et a nécéssité l'ouverture de nouvelles jonctions. Cinq grands abris pour le bivouac y ont été construits par le Parc National, équipés de châlits.
Malheureusement, à cause des difficultés d'entretien (conditions climatiques tropicales, vegétation envahissante), et aussi à cause de la pénibilité de la marche (pentes boueuses), l'assimilation à un GR de France métropolitaine n'a pas pu être maintenue et le chemin a dû être déclassé.
Cette trace est toutefois régulièrement empruntée, en totalité ou en partie, par les marcheurs locaux (clubs de randonnée, chasseurs, militaires) ou par les groupes de passage.

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CARTE DES TRACES HISTORIQUES
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Cliquez sur la Soufrière pour obtenir un agrandissement de la zone.
Agrandissement de la zone de la Soufrière. Carte des traces historiques de la Guadeloupe
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NOS SOURCES

Nous avons fait une compilation des ouvrages suivants :
La Guadeloupe Pittoresque, écrit par Léon LE BOUCHER, un membre du CDM, édité en 1931.
La Guadeloupe Touristique, écrit par Camille THIONVILLE, le fondateur du CDM, édité aussi en 1931 ;
Les plus belles balades à la Guadeloupe, écrit par Gérard BERRY et Bruno PAMBOUR, édité en 1993 ;
Coureurs des bois, écrit par Gérard WERTER, ancien président du CDM, édité en 1995 ;
Le Parc National de Guadeloupe, écrit par Jacqueline PICARD, édité en 1999 ;


Nous remercions le service communication du Parc National de Guadeloupe pour les précisions qu'il nous a si gentiment apportées.

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